Photo de la coupole : saint Vincent de Paul au pied du Christ. Paroisse Saint-Vincent-de-Paul, 5 rue de Belzunce, 75010 Paris, 01 48 78 47 47. Paroisse Saint-Vincent-de-Paul
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Diverses réactions du 19ème siècle sur l’église

L’avis de Viollet-le-Duc

Une seconde église s’éleva bientôt après Notre-Dame-de-Lorette sur le type des basiliques latines. Admirablement située, l’église Saint-Vincent-de-Paul présente extérieurement un mélange de styles assez divers. Derrière un portique ionique dans le goût grec, s’élève un grand mur surmonté de deux tours carrées dont la silhouette un peu froide et les larges baies garnies de treillis rappellent plutôt les constructions industrielles que la forme prêtée aux clochers. Si l’on entre dans l’église, on se trouve transporté dans une basilique latine, laissant apercevoir des réminiscences des arts pseudo-normands de Sicile. Les gens curieux et qui veulent se rendre compte de tout ne comprennent pas trop comment ces charpentes apparentes à l’intérieur s’arrangent avec la forme des toits visibles à l’extérieur ; mais ce sont là des détails sur lesquels il faut se garder de s’appesantir aujourd’hui.
Flandrin a couvert les murs de cette basilique, au-dessus des latéraux, de deux immenses compositions en forme de frises qui sont certainement ce que cet artiste éminent a laissé de plus parfait. Ces belles pages, qui a elles seules immortaliseraient leur auteur, gagneraient beaucoup si l’architecte ou l’artiste chargé de la décoration de la basilique n’avait pas abusé des tons jaune-abricot. Ce malencontreux fond jaune, que l’on retrouve partout, a l’inconvénient, même pour ceux qui aiment cette couleur, de ne s’harmoniser avec aucune autre. Flandrin, qui ne peut passer pour un coloriste, a fait, on le reconnaît des efforts considérables pour combattre cette influence du jaune, mais n’a pu le vaincre entièrement.

Les églises de Paris, 1883

La trouvaille d’Hippolyte Fandrin

Ecrivant à son frère Paul, Hippolyte lui fait part de ce qu’il appelle « sa trouvaille ». Il s’agit du fond sur lequel doivent se détacher les personnages.
« J’ai trouvé un fond d’ocre, comme ceux de Nîmes, mais avec un fin dessin d’or. C’est très riche, très fin et ça laisse voir les peintures, ce qui n’aurait pas lieu avec l’or plein. M. Hittorff et M. Picot sont enchantés de ma trouvaille ».
Il commença par le chœur des Apôtres. « Les douze Apôtres sont ébauchés, avancés, écrit-il le 28 août 1849, et il ajoute : M. Hittorff est au septième ciel et M. Picot en a l’air enchanté et étonné ».

L’avis de Théophile Gautier sur les frises

Les peintures furent terminées en 1853.
« La frise de Saint-Vincent de Paul fait naître l’idée d’un Parthénon chrétien... Pour la sévérité du style, le sentiment religieux, le grand goût d’arrangement, la correction du dessin, le jet des draperies, il est superflu de faire l’éloge de M. Flandrin : on sait de quoi il est capable. Parlons de la couleur qui est douce, sobre, harmonieuse, tenue dans les gammes neutres de la fresque et faisant corps avec l’édifice... Vue de près, l’exécution est tendre, fluide, pleine de vaghezza, malgré le ferme arrêt du contour, et d’une rare souplesse de pinceau... Les conditions données, nous avons rarement vu de travail plus complet... »

Le Moniteur, 17 octobre 1856.

A propos des laves émaillées de Saint-Vincent-de-Paul

Lettre du 12 mars 1860 du Préfet de la Seine, le baron Haussmann dans laquelle il dit avoir été informé par Mgr l’archevêque de Paris...
...« que les peintures sur lave émaillées qui viennent d’être placées sous le porche de l’église Saint-Vincent-de-Paul donnent lieu à des plaintes multipliées, par suite de la manière inconvenante et déplacée dont certains sujets auraient été traités par l’artiste.
... Je suis d’autant plus étonné des plaintes qu’elles soulèvent sous le rapport de la décence que M. l’abbé Coquaud qui représente le clergé dans la commission des Beaux-Arts a bien voulu se charger de transmettre à l’artiste les observations qui ont pu être faites sur les compositions.
... je vais charger une commission dont l’abbé Coquaud fera partie d’indiquer ce qui pourrait être modifié dans le sens de la lettre de Son Eminence. »

Lettre du 19 mars 1860 de M. l’abbé Coquaud, curé de Saint-Eugène au curé de Saint-Vincent-de- Paul
« J’ai vu Monseigneur l’archevêque. Monseigneur m’a parlé des peintures en émail, récemment placées... Et dont l’effet au point de vue de la décence est vraiment déplorable.
... Bien que les esquisses aient été soumises à la commission dont je fais partie, il n’était pas possible de juger par le simple dessin sur papier de l’effet de l’exécution...
Quant à moi j’avoue que ces nudités qui me révoltent et qu’il faudra faire disparaître je ne me rappelle pas les avoir remarquées dans les esquisses... »

Lettre du 5 juin 1860 de Pierre-Jules Jollivet au cardinal archevêque de Paris
« ... je suis l’auteur de ces peintures... C’est un devoir pour moi de protester contre l’imputation d’immodestie dont sont frappées les images.
J’apprends que Monsieur le Préfet, faisant droit à votre réclamation, a ordonné l’enlèvement de la décoration du porche de Saint-Vincent-de-Paul. Cette mesure inouïe dans l’histoire de l’art va porter atteinte à ma considération d’artiste et d’honnête homme. Non, je n’ai pas mérité l’accusation, imprudemment prononcée du haut de la chaire de Saint-Vincent-de-Paul d’avoir tracé sur les murs d’une église des images scandaleuses... »

Lettre de Juin 1860 du préfet Haussmann
« ... une sous-commission désignée dans le sein de la commission des Beaux-Arts s’est réunie devant le monument ; elle a constaté qu’en effet 3 sujets comportant des nudités avaient à tort été adoptés pour être placés à l’extérieur d’un monument où ils attirent inévitablement les regards ; que du reste, le caractère mystique des sujets ne permettait même pas qu’ils fussent exposés sur la voie publique. M. Jollivet, informé de la décision, a fait proposer d’atténuer par des accessoires les nudités incriminées, et même, d’exécuter trois sujets nouveaux... ; quelques membres ont paru disposés à accepter le dernier moyen proposé par l’artiste comme le plus radical, mais la grande majorité a voulu maintenir la décision première....
... que l’enlèvement des peintures avait été arrêté... parce que au point de vue décoratif ces peintures par leur coloration dure et tranchée ne s’harmonisaient pas avec la teinte grise et calme du monument et que les défauts n’étaient pas rachetés par le style et le caractère des compositions.
... j’ai dû ordonner non le remplacement partiel de trois tableaux mais l’enlèvement complet de toutes les peintures.
Il a été convenu qu’on les utiliserait autant que faire se pourrait dans l’intérieur du monument ou de tout autre édifice religieux. »

M. Chossard, curé de Saint-Vincent-de-Paul, joint la lettre ci-dessous à un courrier qu’il envoie au curé de Saint-Eugène le 25 février 1861
« Monsieur l’Archidiacre, Voici une lettre que je reçois encore contre nos peintures... Je ne cesse de demander à l’administration de faire ôter les tableaux qui font gémir les personnes honnêtes. Je ne puis rien obtenir, on m’a promis, mais elles restent toujours. »

Lettre d’un paroissien ( ?) à Monsieur Chossard, curé de Saint-Vineent-de-Paul
« Je veux bien croire que c’est malgré vous que les peintures nouvellement terminées sous le porche de notre église ont été faites. Le peintre a reproduit un des sujets de l’Ecriture dont on devrait parler le moins possible : le péché originel.
Ces peintures sont quand à la forme, fort inconvenantes et sont dégoûtantes à la porte d’une église où une jeune fille doit pouvoir tout regarder et tout se faire expliquer. Doit-elle regarder ces nouvelles peintures ? Non... Doit-on lui expliquer ? Non certes. Vous, prêtre, est-il convenable que vous examiniez des peintures aussi décolletées ; devez-vous penser et approfondir le premier péché de l’homme et de la femme ? Je vous laisse répondre à cette dernière question. »

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Page mise à jour le : dimanche 7 septembre 2014
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